DOCTEUR JEKYLL ET MISTER HYDE DANS LES SALLES OBSCURES

Nelly Barad

26 septembre 2020

© Dr Jekyll and Mr Hyde, Rouben Mamoulian (1931)

Écrit en 1885 suite à un terrible cauchemar, Le cas étrange du docteur Jekyll et de Mr Hyde de R.L. Stevenson va accompagner les débuts du cinéma et connaître ainsi ses lettres de noblesse.

Quoi de plus tentant alors pour un réalisateur du muet que ce récit basé sur le combat entre le Bien et le Mal et toutes les possibilités de jeux d’acteurs que cela implique ?

En 1908, le réalisateur américain Otis Turner s’empare de ce drame et le métamorphose en un court métrage de 16 minutes. Les critiques ne tarissent pas d’éloges, mais il n’existe malheureusement pas de copie de cette première adaptation…

Le danois August Blom réalise également en 1910 un petit film de 17 minutes sur le sujet. Pas trace de copie…

Et en 1912, c’est l’américain Lucius Henderson qui s’y colle. Il crée un petit bijou de 11 minutes qui condense la lutte infernale que mène le docteur contre son double maléfique, avec un nouveau  personnage inexistant dans le roman, celui de la fiancée, qui sera fréquemment repris par la suite. Et cette fois-ci, on peut visionner :

Puis en 1913, le britannique Herbert Brenon s’approprie l’histoire et la filme en 26 minutes, avec une superbe prestation de King Baggot dans les deux rôles. Contrairement à Henderson qui effectue une coupure au moment de la métamorphose, Brenon joue sur la superposition d’images pour évoquer ce moment :  

La liste est longue… Le sujet attire les réalisateurs qui font frissonner les spectateurs, témoins des transformations du très convenable Docteur Jekyll en l’odieux Mister Hyde. Et le thème est décliné à l’envi !

Parmi les adaptations les plus connues, il faut citer la première version pour le cinéma parlant, le Docteur Jekyll and Mister Hyde de Rouben Mamoulian (1931) qui a valu l’Oscar de l’interprétation à Fredric March. Ici, Jekyll est fiancé et Hyde a une maîtresse, une prostituée qu’il bat. Les pulsions les plus viles ne se limitent plus au vol, à la destruction et à l’agression gratuite, mais s’étendent aux violences à caractère sexuel. C’est le désir de se séparer de ses mauvais instincts qui conduit le médecin à pratiquer cette expérience. Une belle expérimentation également pour le réalisateur qui va inventer le travelling subjectif, que l’on peut voir au début du film,  pour servir un esthétisme expressionniste oppressant. Dans cet extrait, nous vivons réellement de l’intérieur la première transformation de Jekyll, et nous attendons avec terreur et impatience le moment où le miroir renverra le diabolique reflet :

Comment ne pas citer la version de Victor Fleming, en 1941 avec Spencer Tracy, Ingrid Bergman et Lana Turner ? Le réalisateur scrute les visages sans concession et joue perpétuellement avec l’ombre et la lumière, soulignant ainsi la violence des scènes vécues par les personnages :

Le célèbre docteur a connu de nombreux interprètes. Pour ne nommer qu’eux : Jean-Louis Barrault (Le testament du Docteur Cordelier de Jean Renoir en 1959), Jerry Lewis (Doctor Jerry and Mister Love en 1963), Kirk Douglas dans un téléfilm de David Winters en 1963, Ugo Tognazzi (Il mio amico Jekyll de Marino Gilomani en 1960), Anthony Perkins dans le film de Gérard Kikoîne en 1989, Jason Flemyng dans La ligue des gentlemen extraordinaires de Stephen Norrington en 2003, et même Isabelle Huppert dans Madame Hyde de Serge Bozon en 2018, féminisation oblige !

Ainsi le mythe créé par Stevenson a traversé pendant plus de cent ans tous les genres cinématographiques : drame, horreur, épouvante, thriller, comédie, érotisme, et même film d’animation…

En partant de ce court roman qui maintient le suspense jusqu’au dernier chapitre, les réalisateurs ont brodé, inventé, innové, imaginé… Ils ont conjugué cette sombre histoire à tous les temps, l’ont peinte de toutes les couleurs. Certains films ont été des succès et d’autres se sont fait oublier. Et quelques-uns ont disparu.

Et pour finir, juste pour retrouver nos rires d’enfant :

 

Crédits photos et extraits : 

© Hobart Bosworth dans Dr Jekyll and Mr Hyde, Otis Turner (1918)

© Dr Jekyll and Mr Hyde, August Blom (1910)

© Dr Jekyll and Mr Hyde, Lucius Henderson (1912)

© Dr Jekyll and Mr Hyde, Herbert Brenon (1913)

© Dr Jekyll and Mr Hyde, Rouben Mamoulian (1931)

© Dr Jekyll and Mr Hyde, Victor Fleming (1941)

© Le Testament du Docteur Cordelier, Jean Renoir (1959)

© Dr Jerry and Mr Love, Jerry Lewis (1963)

© Madame Hyde, Serge Bozon (2018)

© Tom and Jerry, Dr Jekyll and Mr Mouse, William Hanna et Joseph Barbera  (1946)

Nelly Barad

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