LES FEUX DE LA RAMPE

Nelly Barad

4 avril 2020

© Paulette Goddard, Charlie Chaplin, Les Temps Modernes (1936), United Artists

Pourquoi le principal personnage féminin du Dictateur se prénomme-t-il Hannah ?

C’est le prénom de la mère de Charlie, plus connue dans les music-halls britanniques sous le nom de Lily Harley.

On est en 1894. Hannah danse, chante, mime, joue la comédie… sous les yeux admiratifs de son petit garçon, silencieux dans les coulisses. Mais Hannah est en mauvaise santé et, un soir de spectacle, sa voix lui fausse compagnie. Charlie, du haut de ses cinq ans, voit sa mère quitter la scène sous les quolibets du public.

Une main se plaque alors dans le dos de l’enfant : « Vas-y ! » C’est le directeur du théâtre qui pousse Charlie sur la scène. Il l’a déjà entendu chanter, il prend le pari !

Charlie n’a pas le choix : sous les feux de la rampe, il entonne une chanson. Les pièces tombent à ses pieds. La famille Chaplin est très pauvre ; le gamin s’arrête de chanter et précise qu’il va ramasser l’argent d’abord, et chanter ensuite !

« Cela fit beaucoup rire(…) Puis je fis une imitation de ma mère…et, en toute innocence, j’imitai sa voix qui se brisait et je fus surpris de voir l’effet que cela faisait sur l’auditoire : une nouvelle pluie de pièces s’abattit sur la scène (…) Ce soir-là marque ma première apparition sur la scène – et la dernière de ma mère. »

Charlie Chaplin, Histoire de ma vie, Paris, Robert Laffont, 2002.

Hannah Chaplin

Hannah quitte sa tenue de chanteuse pour celle, moins pimpante, de couturière, mais elle trouve un nouveau public avec ses enfants. Dans l’étroit logement, elle rejoue ses anciens numéros de music-hall. Elle chante, elle danse, elle mime, et Charlie n’en perd pas une miette ! C’est d’elle qu’il a appris l’art de la pantomime, le langage du geste.

Plus tard, Hannah éteint une à une dans sa tête les lumières de la ville. Elle est placée en hôpital psychiatrique, mais elle passera les dernières années de sa vie dans une grande maison en Californie, auprès de sa famille.

C’est à elle que Charlie Chaplin rend hommage en prénommant Hannah la jeune femme du Dictateur.

Hommage repris par la génération suivante puisque Géraldine Chaplin incarnera le rôle de sa grand–mère dans le film Chaplin de Richard Attenborough en 1992.

Remerciements à Marc Ferro, suite à la lecture de son livre « L’entrée dans la vie », Tallandier (2020).

Nelly Barad

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